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Royaume en péril – Thomas D. Lee, traduit de l’anglais par Thibault Eliroff (587 pages)

Les héros ne sont pas toujours à la hauteur de ce qu’on attend d’eux. Dans une Angleterre au climat complètement déréglé, Keu sort de terre et se réveille, comme chaque fois que le royaume est en péril. Depuis 1500 ans, il débarque avec ses compagnons de la Table Ronde pour sauver la Bretagne sans savoir à l’avance quelle cause est à défendre. Humour et désespoir émaillent ce roman incroyable, le moyen-âge affronte le contemporain, la magie le cartésianisme, le christianisme le paganisme. Lancelot est gay et vénal, Marlowe a vendu son âme au diable, Arthur est un monstre sanguinaire. L’espoir de sauver le monde s’étiole peu à peu, car la planète se meurt et de riches magnats continuent d’en piller les ressources. Camelot, la Table ronde et ses chevaliers revisités dans ce roman magistral.

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L’ami Louis – Sylvie Le Bihan (422 pages)

Sur un stand au salon du livre de Vannes, mon œil est attiré par une photo sur une couverture. J’y reconnais immédiatement Albert Camus. Je crois reconnaître Louis Guilloux à ses côtés. Le titre corrobore mon idée et l’autrice confirme. Je n’ai TOUJOURS pas lu Louis Guilloux, alors que j’entends parler du Sang Noir depuis des années. J’ignorais totalement qu’il avait été un des rares vrais amis d’Albert Camus, aussi proche que Jean Grenier ou René Char. Sylvie Le Bihan les fait revivre dans un roman qui met en scène une jeune femme torturée par son passé dont elle ignore tout. Cette jeune femme est missionnée pour organiser une émission spéciale sur Albert Camus, et sa préparation l’amène jusqu’à Louis Guilloux. Écrivain en marge, il frôle le Goncourt en 1935, mais on lui préfère Joseph Peyré. (Je n’ai pas encore lu Louis Guilloux, mais j’ignore qui est Joseph Peyré, tombé dans l’oubli). Il a revendiqué toute sa vie son extraction modeste qui le rapproche de Camus, tous deux issus de familles pauvres mais heureuses. Son père l’a soutenu dans son choix de métier d’écrivain, en partie décidé par des séquelles qui lui laissent une main atrophiée. J’ai aimé l’histoire méconnue de cet auteur, son amitié coup de foudre avec Camus, leurs parcours parallèles et si différents, leurs brouilles respectives avec Aragon pour l’un, Sartre pour l’autre. À l’aube d’élections présidentielles dominées par des partis extrêmes, j’ai lu ce roman truffé de l’humanisme de ces deux personnes avec une conscience accrue.

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La route de Roswell – Connie Willis, traduit de l’anglais américain par Pierre Simon (425 pages)

 Francie ne croit pas du tout aux extraterrestres. C’est pourquoi elle se précipite au mariage de Serena pour l’empêcher de lier sa vie à un illuminé fondu d’ovnis qui choisit le musée de Roswell comme lieu de cérémonie. Habillée de sa robe de demoiselle d’honneur, elle se fait pourtant enlever par une boule de tentacules. Quel est le dessein de cet être avec lequel il est si compliqué de communiquer ? Comédie déjantée dans ce road trip dans le désert américain, merci à ma librairie préférée pour ce conseil avisé.

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Ma gloire – Florent Oiseau (174 pages)


L’humour désopilant des précédents romans de Florent Oiseau masque en grande partie le caractère déprimé de ses personnages. Dans « Ma gloire », il a presque supprimé l’humour, et
l’iceberg de la mélancolie ressort plus nettement. Pourtant, dans ce roman, le protagoniste principal a une famille, ce qui est plutôt rare dans les histoires de l’auteur. C’est peut-être ce qui ajoute à la tristesse de la situation. Alcoolique jusqu’à la moelle, les femmes de notre anti-héros (sa compagne et sa fille) tentent de lui ouvrir les yeux sur sa situation. D’ailleurs, il doit se préparer à jouer le rôle d’une fée dans la pièce de théâtre organisée par l’école pour la fête de fin d’année. On retrouve l’écriture impeccable de l’auteur, ultra simple car ultra travaillée (il dit lui-même qu’il lui faut 1/2 heure pour écrire une page, puis plusieurs heures pour la fignoler), sa douceur amère et son amertume salée comme des larmes qui ne coulent jamais. Néanmoins, l’ensemble se pare de quelques scènes réjouissantes qui nous font exploser de rire au moment où on s’y attend le moins. C’est ce contraste savamment dosé qui explique pourquoi j’aime autant le style de cet auteur.

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L’art de perdre – Alice Zeniter (511 pages)

Ce livre est un chef d’œuvre qui met en avant une population sacrifiée : les harkis. Sous cette appellation, la France a jeté en pâture les soldats actifs et ceux qui ont été considérés comme traîtres à leur patrie, même si leur rôle a été minime. Anciens combattants de la première et seconde guerre mondiale pour la plupart, enrôlés de gré ou de force, la révolution algérienne a nié ce que cela représentait. L’autrice dépeint les premières générations arrivées en France par obligation, puis les suivantes et l’héritage laissé par l’histoire de leurs parents. Une saga sur trois générations, essentielle pour comprendre un peu mieux cette partie de l’Histoire, pas très glorieuse pour chacun des camps.

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De bêtes et d’oiseaux – Pilar Aldon, traduit de l’espagnol par Michelle Ortuno (231 pages)

Rendez-vous attendu chaque année depuis 3 ans, les éditions du Typhon me font l’honneur de m’intégrer à leur groupe de lecture commune pour savourer en avant-première leur rentrée littéraire. Fans de lectures aux aspects médiévalisant, à la limite de l’ésotérique, vous serez une fois de plus conquis par ce roman. Ambiance angoissante dans cette maison habitée uniquement par des femmes, y compris Coro qui s’y retrouve contre son gré, même si elle n’est pas prisonnière. Après réflexion, cette histoire est une allégorie des étapes du deuil : Choc, déni, colère, marchandage, dépression, acceptation et reconstruction, puisque Coro souffre de la perte de sa sœur, noyée, alors qu’elle a réussi à s’en sortir. Si l’histoire est bien contemporaine (Coro a oublié son téléphone portable et elle arrive dans cette demeure en voiture), la maison et ses habitantes semblent y vivre dans une époque intemporelle, comme dans un couvent de béguines moyenâgeux. Encore une belle découverte en compagnie de mes acolytes.

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Il reste la poussière – Sandrine Collette (304 pages)

Avant le Goncourt des Lycéens, Sandrine Collette a écrit de nombreux romans noirs. Il reste la poussière se déroule dans la pampa sud-américaine où une famille d’éleveurs se débat contre la pauvreté pour sa survie. La mère, seule depuis que le père est parti mène ses quatre fils d’une main de fer. Les jumeaux, aînés de la fratrie, martyrisent les deux plus jeunes, le petit dernier en particulier, avec une violence qui se déchaîne de plus en plus fort.

Dans un style remarquable et avec l’art de poser une ambiance, l’autrice nous mène dans son roman avec l’impression permanente qu’on la mord, la poussière.

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La petite-fille – Bernard Schlink, traduit de l’allemand par Bernard Lortholary (392 pages)

La femme de Kaspar, alcoolique, meurt noyée par accident. Il savait qu’elle était en train d’écrire un roman et se plonge dans ce qui se révèle être un récit. Il y découvre qu’elle a eu une fille, abandonnée à la naissance, juste avant de fuir la RDA pour le rejoindre clandestinement. Il se donne la mission de retrouver la femme qu’elle est devenue.

Ce roman met en lumière tous les aspects de la scission puis la réunification d’un pays meurtri depuis le début du vingtième siècle. Il met bat les certitudes, décortique l’Histoire au prisme des bons et des méchants, des vainqueurs et des vaincus et la façon dont les Allemands se sont construits ou continuent de se construire sur les ruines de leur passé.